MILLY HELLOJe suis l'une des auteures de ce blog, à l'initiative de sa création.

Prof d'anglais dans le sud de la France, j'enseigne depuis presque 20 ans.

J'ai commencé en 1998, alors que mon rêve était d'enseigner. Auparavant, je voulais enseigner le français... et puis, l'anglais a fini par me posséder...

Dès la sixieme, ce fut la révélation. J'ai encore ce message de ma prof d'anglais Mrs Chabrier dans mon carnet de correspondance de 6ème : "En espérant que tu aimeras toujours autant l'anglais", m'avait-elle écrit...

J'y étais destinée... à l'anglais, les langues étrangères, comme l'enseignement. Lorsque j'étais enfant, je m'inventais un langage nouveau pour m'imaginer que je parlais les langues étrangères, frustrée de ne pouvoir apprendre cela à l'école. J'avais fabriqué mon petit cahier avec des équivalences de mots (un peu comme le font encore aujourd'hui ceux qui pensent apprendre la langue en tapant un mot sur google trad !).. Et tous les soirs, je regardais mon cahier et répétais mes mots bizarres, que seule moi comprenais !

Et puis je disposais mes poupées, mes nounours, et parfois mon petit frère au milieu, sur mon lit, devant mon tableau noir, pour écouter la leçon. Sagement, bien sagement. Ils étaient tous sages, sauf mon petit frère qui voulait toujours s'extirper de là, et que je devais ensuite punir en lui tapant sur les doigts. La méthode à l'ancienne, quoi. Mais j'étais une gentille prof d'anglais. Qui faisait progresser tous ses  élèves et ne réchignait (déjà) pas à faire des heures sup' !

Alors, en 98, alors que j'étais étudiante, licence en poche, préparant cet horrible concours qu'était le CAPES (moins de 10% de réussite à l'époque, une vraie usine destructrice, une sélection du béton pour que l'élite puisse approcher les bambins de France !!), je me suis portée volontaire pour faire des remplacements dans le privé sous contrat. J'ai fait du lycée pro, du lycée tout court, du collège, et parfois les deux en même temps. Et ça m'a plu... j'ai aimé ce que je faisais... J'étais persuadée de mon choix, même si mon rêve d'être écrivain ou  chanteuse me trottait toujours en tête.
Bah quoi? chanteuse? tu gagneras ta vie comment? c'est trop incertain, comme métier.
Et écrivain, tu pourras le faire après, en même temps que tu seras prof... on est toujours écrivain + autre chose à côté, avant d'être écrivain vraiment... 
Enfin, professeur, c'était un métier, un vrai, avec une garantie de travail, et aussi une garantie d'avoir un peu du temps pour mes futurs enfants et mon futur mari. De pouvoir éduquer ma progéniture et m'en occuper correctement.

Alors j'ai foncé.

J'ai eu mon CAPES peu de temps après... pris une année de pause à l'étranger (un peu obligé pour l'anglais). Réalisé mon année de stage dans mon ancien collège (wow, c'était vraiment génial de revenir sur ces lieux !!!)... et ensuite... j'ai été mutée dans les quartiers Nord de Marseille... Mais j'avais de la chance de rester au soleil, moi, car toutes mes copines étaient parties à Paris ou à Lille... mais moi, comme j'avais fait des remplacements pendant deux ans, et bien j'avais obtenu quelques points  qui m'avaient permis de rester dans le sud... mais pas suffisamment pour obtenir un poste "plus classique" près de chez moi. Je suis devenue TZR (titulaire sur zone de remplacement) sur Marseille, et j'ai appris le 31 Août, soit la veille de la rentrée, que j'allais enseigner dans l'un des pires établissements de l'Académie d'Aix-Marseille...classé "ZEP SENSIBLE HAUTE VIOLENCE PEP 3" (anciennes mentions). 

J'avais 21-22 ans, c'était ma première galère, avant bien d'autres...

Je reviendrai plus tard sur cette expérience qui fut moins traumatisante qu'elle l'a été les trois jours précédent ma prise de fonction finalement (probablement parce que j'étais VRAIMENT une gentille prof !).

J'ai ensuite obtenu un poste dans un collège tout près de chez moi... il n'était pas sensible, lui... et j'y ai pris un peu de plaisir, au début... mais le "village" était particulier, le public aussi... et puis, je ne sais pas, je me disais qu'il y avait un truc à part là-bas... et que même si mon collège, où j'ai évolué 14 ans, n'était pas classé sensible, il l'était tout autant, parce que BON SANG CE QUE C 'ETAIT DIFFICILE !!!

J'étais pourtant bien notée, et ma réputation était bonne. Avec moi, les élèves progressaient, tout en appréciant de venir en cours. Bref, je réalisais mes missions avec conviction, et cette ardeur, couplée à mon authenticité et mon courage, me valaient le respect de tous (avec exceptions !).

Au bout d'une dizaine d'années, j'ai commencé à fatiguer sérieusement... j'ai envisagé une reconversion... la musique m'a rattrapée. J'ai pris un temps partiel pendant trois ans... pour m'y consacrer, me donner les moyens de... Ca n'a pas trop mal marché...mais c'était un combat de tous les jours, et je suis surtout revenue de l'état d'esprit et des magouilles du milieu... Et surtout, j'avais raison quand j'étais gosse... la musique, c'est trop aléatoire... ça ne pourrait pas le faire ad vitam...

Alors je suis repassée à temps plein... et CHBIM ! la claque ! Je suis devenue incapable de tenir mes heures devant tous ces gosses de plus en plus perdus, fragiles, en rébellion, et dans ce système où je me sentais de moins en moins à ma place, juste un petit pion à qui l'on ne demande jamais son avis mais qu'on sait trouver dès qu'il y a quelque chose qui ne va pas.

Je venais au collège la peur au ventre, la boule dans la gorge. J'angoissais le matin, cauchemardais la nuit, et m'effondrais parfois à la fin des cours. J'ai pleuré seule dans ma salle, après certains incidents avec des élèves... Bon sang, ils avaient 12-13 ans, et ils étaient en train de me foutre en l'air complètement...  J'ai été malade, j'ai commencé à avoir des problèmes de dos, de digestion, de tension, de vertiges... bref, plus rien n'allait... le corps fait parler notre âme.

J'ai décidé de muter en lycée... où j'évolue depuis cinq ans maintenant, et où j'ai repris goût à l'enseignement. 

Mes tâches sont différentes, la gestion de classe est moins lourde malgré les effectifs importants...et l'on semble me considérer un peu moins mal qu'auparavant, même si le mythe de la feignasse subsiste et nous poursuit, tous autant qu'on est, peu importe qu'on soit investi ou pas dans notre travail. On est tous des feignasses, c'est comme ça... c'est un acquis.

Et pourtant, depuis cinq ans au lycée, je n'ai plus le temps de faire de sport, ou que très ponctuellement. Je ne fais plus de musique, ou deux fois par an. Je m'autorise des sorties cinéma régulièrement, et je plante mon petit ami un week-end sur deux, si ce n'est pas plus, pour mes cours et mes copies. Ou simplement pour me (re)poser. Et lui, il bosse dans le privé, donc il ne comprend pas. Il pense que je suis la seule à bosser comme ça, que j'en fais plus que tous les autres. Y'a un peu de ça, mais pas que, car j'ai l'avantage de bosser très vite (j'y ai été entraînée par mes différentes contraintes toujours accumulées depuis ma plus tendre enfance).

Aujourd'hui, je suis toujours fatiguée, mais j'aime ce que je fais et je me sens moins angoissée par la classe. Je vais au boulot avec plaisir et j'arrive mieux à me lever le matin. La fatigue est différente. Elle est moins nerveuse. Je me sens juste complètement débordée, et surtout, pas reconnue. Moralement, ce n'est pas facile... mais j'ai appris à faire abstraction, un temps soit peu, de ce que je peux entendre sur "les gens comme moi", ceux qui sont "toujours en grève ou en vacances". Mais si les gens savaient... vraiment... ce que c'est que d'enseigner... ce que l'on fait au quotidien... cette charge mentale qui ne nous lache pas, et en quoi consistent ces putains de vacances qu'on nous envie tant !

MILLY SURPRISE

Alors voilà, j'ai décidé de créer ce blog, où je rédigerai de nombreux articles, mais où j'ouvre la porte à tous mes collègues également. C'est un blog que je souhaite collaboratif. Le but étant de se défouler, mais aussi de partager, et surtout de faire connaître nos métiers... 

Si vous êtes enseignant ou membre de l'éducation nationale, n'hésitez pas à me contacter pour publier un de vos articles.

Si vous êtes simple lecteur, j'espère que ces pages vous apprendront des choses, et que vous y prendrez plaisir ;-)